mercredi, 16 août 2006
Quand l'orage...
Nous sommes là, nus, indécents, ruisselants, frissonnants, étendus cote à cote sur la pierre glaciale de l'autel, communiant dans une demi-conscience, presque une demi-mort, livrés à la jubillatoire torture aléatoire de l'orage.
Vous n'avez plus à questionner, nous partageons la délectable horreur qui nous transperce de toutes parts, agite nos corps de convulsions et anéanti nos volontés.
Nous demeurons ainsi abandonnés dans le temps suspendu de la Prophétie, les Brumes des Marais emmêlant nos âmes.
Quand un supplice s'éternise trop, l'esprit finit par anesthésier le corps. Mon enveloppe, soumise à ces outrages depuis un temps infini, dans ce temps sans durée qu'est le temps ici, se détache enfin de son calvaire…
Je peux alors rassembler un peu de ce qui me reste d'énergie vitale pour vous assister dans l'épreuve. Mes mains viennent délicatement se poser en remparts sur vos yeux. Au creux de la peau sensible de leurs paumes, vos cils, ainsi protégés, battent d'une caresse éthérée et votre visage se relâche imperceptiblement. Cette ébauche d'apaisement pourtant si modeste, vous arrache un soupir de soulagement qui semble exhaler des profondeurs de votre cœur. L'unique sanglot flotte aérien jusqu'à l'ouverture en étoile du plafond pour rencontrer la fureur des éléments. Ce parfait fruit de compassion atteint la tempête en plein centre. Sous l'absolue tendresse du choc, l'orage s'évapore en un instant.
La pluie a cessé, l'Ouragan s'est évanoui…
Grelottants dans notre impudique nudité, luisants de désir, encore étincelants des diamants de pluie qui scintillent sous l'onde lumineuse de la blanche Lune enfin réapparue, nous nous asseyons en nous ébrouant et en riant comme des enfants, simplement heureux d'avoir découvert la Première Clé de la Prophétie.
00:05 Publié dans Duos d'ecriture | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : fantasme, conte, histoire, orage, reve, supplice, complice



